Histoire

Des trous de poteaux mis au jour sur ce rocher font remonter une occupation humaine du site au Ve siècle, mais rien ne permet cependant de déterminer la nature de celle-ci. Militaire ? Civile ? Religieuse ? La présence avérée d’un sanctuaire gallo-romain sur une colline de Bourbon qu’on appellera plus tard Saint-Georges nous permet toutefois d’écarter cette dernière hypothèse. Aussi la topologie du lieu nous invite-t-elle à penser que le site ait eu une destination militaire dès les premiers temps. Cependant, si une occupation militaire sur le promontoire rocheux antérieure au Ve siècle est fort probable, nous n’en avons pas conservé de traces.

Les chroniques d’Éginhard et du pseudo-Frédégaire mentionnent toutes deux la destruction en 761 par Pépin-le-Bref d’un castrum[1] à Bourbon (situé alors dans un Berry dépendant du duché d’Aquitaine), au cours d’une guerre qui oppose ce dernier, roi des Francs et père de Charlemagne, à Gaiffier, duc d’Aquitaine, une guerre dont l’un des enjeux est la possession de la Narbonnaise ou, pour le dire autrement, un libre accès à la Méditerranée.

Au Xe siècle, le Bourbonnais n’existe pas encore, au sens où l’on pourrait l’entendre aujourd’hui, à savoir une entité territoriale constituée (comme le sont le Berry ou l’Artois, par exemple). En effet, c’est sur les confins de trois pagi[2] que sont l’Auvergne, le Berry et l’Autunois que les ancêtres des sires de Bourbon, probablement de petits seigneurs d’origine franque, se constituent des alleux[3] en s’imposant autour d’Ébreuil, Souvigny et Deneuvre. Ce dernier (aujourd’hui Châtel-de-Neuvre) est le siège d’une viguerie[4] dépendant également du duché d’Aquitaine et son viguier au début du Xe siècle, un familier du duc Guillaume Ier d’Aquitaine, est Aimard, le premier ancêtre connu par les textes des seigneurs de Bourbon.

Il est intéressant de noter que le nom d’Aimard figure au bas du titre de donation que Guillaume d’Aquitaine fait à une congrégation de moines bénédictins en 909 (ou 910) de sa villa de Cluny.

Aimard imitera son protecteur et fera don en 915 de sa villa de Souvigny à une communauté de moines bénédictins issus de Cluny. Le prieuré deviendra, avec l’essor que l’on connaît de l’abbaye mère (lui-même rendu possible grâce au soutien des aristocraties franques), un symbole de la puissance des descendants d’Aimard. Souvigny sera leur sanctuaire ; on parlera même du Saint-Denis des Bourbons.

Robert de France et Béatrice de Bourgogne

[1] Castrum ou castellum ne désignent cependant pas encore à cette époque le château mais plutôt le « village » fortifié.

[2] Pagi (pl.), Pagus : canton, district. Le mot donnera pays en français.

[3] Alleux : domaines héréditaires conservés en toute propriété, libre et francs de toute redevance.

[4] Viguerie : subdivision administrative d’un pagus, un « comté », crée sous Charlemagne.

[5] Pairie : Fief ou domaine d’un Pair de France. Sous l’ancien régime, les douze Pairs de France étaient de grands officiers, vassaux directs de la couronne, les grands électeurs à la royauté, et assurent la dévolution de la couronne selon les lois fondamentales du royaume.

[6] A titre de comparaison, la sainte chapelle du palais royal de l’Île de la Cité à Paris a coûté à Louis IX 30 000 livres tournois.

[7] Généralité : circonscription administrative de l’Ancien Régime.

Vers 940, Aimon, fils d’Aimard, épouse une certaine Aldesinde, fille de Gui, viguier quant à lui de Bourbon, pagus situé alors en Berry. Aimon délaisse Deneuvre pour la place forte de Bourbon, stratégiquement et militairement plus intéressante, et prend possession du château. Malgré des tensions initiales avec les moines de Souvigny, il confirme la donation qu’avait faite son père de son domaine de Souvigny à des moines de Cluny.

Profitant de l’effacement du pouvoir central carolingien à partir de la fin du IXe siècle, les seigneurs de Bourbon vont étendre leurs possessions en direction des trois territoires, confondant aisément, comme tant d’autres seigneurs, les fiefs dont ils ont la charge avec leurs possessions propres.

Fort opportunément pour la famille de Bourbon et pour le Bourbonnais, deux des plus illustres abbés de Cluny, Mayeul et Odilon de Mercœur, 4ème et 5ème abbés, viennent s’éteindre à Souvigny en 994 et 1048, où ils trouvent sépulture. Vénérés comme des saints de leur vivant (Odilon fut l’un des artisans de la Paix de Dieu), leurs reliques attirent les foules, et l’afflux de pèlerins venus se recueillir sur leurs tombes des quatre coins du royaume crée un dynamisme dont les seigneurs de Bourbon tireront grand profit – tant dans le siècle que pour le salut de leur âme. Le destin de Bourbon et celui de Souvigny seront dès lors intimement et définitivement associés.

Le premier rapprochement avec le Capétien s’opère en 1108 lorsque Aimon II, dit « Vaire Vache », retranché en son château de Germigny (aujourd’hui Germigny-l’Exempt dans le Cher) se soumet au roi de France Louis VI, venu le châtier d’avoir accaparé la seigneurie au détriment de son neveu Archambault VI, fils de son frère Archambaud V (†1096). Quand l’Aquitaine sera Plantagenêt, le Capétien saura apprécier l’appui stratégique que constitue désormais un Bourbonnais devenu pays de frontière, une marche. En attendant, c’est l’Auvergne qui inquiète le Capétien. Le Bourbon saura quant à lui tirer profit d’une alliance avec le roi des Francs (il ne sera de France que sous Philippe-Auguste), dont la légitimité confère sa légitimité à l’autre. L’entente entre les Capétiens et les Bourbons est devenue évidente, sinon nécessaire.

Le roman courtois Flamenca, rédigé entre 1250 et 1270 en Occitan met en scène le seigneur Archambaud VII, fils d’Aimon Vaire Vache, épris d’une belle et farouche princesse, fille de Gui de Nevers. L’auteur anonyme décrit un seigneur déjà puissant et une cour fastueuse à Bourbon.

En 1276, les Bourbons entrent dans la famille royale par le mariage du sixième fils de Louis IX (saint Louis) Robert de France, duc de Clermont en Beauvaisis, avec l’héritière de la seigneurie Béatrice de Bourgogne, dame de Bourbon. Le roi de France Charles IV « le Bel » érige le Bourbonnais en duché en 1327 et l’année suivante, Philippe VI de Valois en fait une pairie[5] au bénéfice de Louis, le fils de Béatrice et Robert, qui devient donc le premier duc de Bourbon, pair de France, après avoir succédé à son père comme sire de Bourbon en 1310. C’est ce dernier qui fonde une première chapelle placée sous le vocable de Notre Dame, afin d’abriter les reliques de la Passion que son grand-père le roi Louis IX avait achetée en 1238 à Baudouin II de Courtenay, le dernier empereur latin de Constantinople pour la somme astronomique de 125 000 livres tournois[6]. Une Epine et des morceaux de la Vraie Croix reviendront à Robert de France en cadeau et arriveront à Bourbon en 1289.

Jean II, sixième duc de Bourbon, fonda une seconde chapelle en 1483, plus grande, plus belle, plus ostentatoirement fastueuse, construite sur le modèle de la sainte chapelle de l’île de la Cité. Sa vocation est de rappeler au commun des mortels comme aux puissants du royaume leur illustre ancêtre saint Louis, le sang capétien qui coule dans les veines des Bourbons, et d’ainsi légitimer leur pouvoir.

Pierre Ier, le deuxième duc de Bourbon meurt en 1356 à la bataille de Poitier. Son fils Louis II, né en 1337 succède à son père en 1356. Cependant, il ne prend le gouvernement de son duché en main pour en chasser les compagnies de routiers qui dévastent le pays qu’en 1366, de retour de son otagie londonienne (il était avec d’autres barons garant de la rançon due à l’Anglais pour la libération du roi Jean II le Bon, fait prisonnier à Poitier). Louis II fut très impliqué dans la guerre de Cent-Ans auprès de son beau-frère le roi de France Charles V (il épousa la sœur de Louis II, Jeanne de Bourbon en 1350) et participa au Gouvernement des Oncles (principalement les frères de Charles V) assurant la régence de Charles VI.

Lorsque Charles V de Valois épouse Jeanne de Bourbon, les destinées des Bourbons et de la famille royale sont définitivement unies (le père de Louis II, Pierre Ier, avait lui-même par ailleurs déjà épousé une Valois, Isabelle, une petite-fille du roi Philippe III « le Hardi »).

Même si les opérations militaires de la Guerre de Cent Ans n’ont eu qu’un caractère secondaire en Bourbonnais, les mercenaires anglais et bourguignons ont tout de même causé suffisamment de destructions, pillages et exactions diverses pour que leur souvenir ait du mal à s’effacer de la mémoire collective. On constate au demeurant un accroissement de la puissance ducale pendant cette période, un renforcement administratif et fiscal qui accompagnent la constitution autour du duché de Bourbon d’un véritable État princier. Louis II meurt en 1410. Il est inhumé dans la Chapelle Neuve de la prieurale de Souvigny.

C’est sous le principat de Louis II que seront réalisés de gigantesques travaux de fortification et d’amélioration de nombreuses forteresses ducales, dont celle de Bourbon, qui est grandement remaniée à cette période, après les travaux successifs engagés par Robert de Clermont et Louis Ier en leur temps. La Chapelle Neuve de l’église de Souvigny date également de son principat.

La forteresse de Bourbon fut délaissée pour le nouveau château de Moulins à partir de la fin du XIVe siècle par les ducs de Bourbon, même si on y fera construire la chapelle Saint Louis (la grande sainte chapelle de Bourbon) dont il a été question. Le château devient la demeure presque exclusive du Capitaine Châtelain, représentant les ducs et exerçant le pouvoir à leur place pendant leur absence.

En 1531, suite à l’épisode de la « trahison » du connétable Charles III, 9ème duc de Bourbon, le Bourbonnais est rattaché au domaine royal par François 1er, et devient pendant un siècle et demi une généralité[7] dont le siège est à Moulins.

Le château est vidé et abandonné à la suite du rattachement du duché au domaine royal et il sert de carrière de pierres sauvage à tout le pays. Les chanoines ayant à leur charge la conservation des saintes reliques continuent néanmoins de vivre dans la basse-cour de la forteresse, où ils se construisent deux petites maisons dans la première moitié du XVIe siècle (en réemployant eux aussi des pierres du château). L’une de ces maisons appartient à la Commune de Bourbon-l’Archambault et se visite dans le cadre de notre visite Gélis-Didot, qui permet au visiteur de découvrir la totalité du site. Les chapelles sont par ailleurs irrémédiablement endommagées par deux tempêtes en 1589 et 1641.

Sous le nom d’Henri IV, un descendant d’une branche cadette des Bourbons monte sur le trône en 1589 après l’assassinat du dernier Valois Henri III. Il sera le premier roi de la dernière dynastie de monarques en France.

En 1661, le Bourbonnais est à nouveau érigé en duché par Louis XIV au profit de la branche de Condé de la maison de Bourbon.

Les Bourbons-Condés ayant quitté la France dès 1789 et s’étant allié aux ennemis de la République, la forteresse est réquisitionnée et fait partie des Biens Nationaux vendus à partir du 27 juillet 1792. C’est un Maître carrier qui s’en porte acquéreur et la forteresse est démantelée. Seules les trois tours du front nord et le logis restent propriété de Louis XVI et ne sont pas détruits. La tour Qui-Qu’en-Grogne (qui servit temporairement de prison à la Révolution) est cédée à la mairie de Bourbon. Le reste devient une carrière « officielle » et la forteresse disparaît en grande partie.

Le château revient à la famille de Bourbon-Condé à la Restauration, avant de devenir propriété de la famille d’Orléans en 1830 après l’affaire de l’héritage du dernier Prince de Condé, qui meurt sans descendance et lègue sa fortune à son filleul le duc d’Aumale, fils cadet de Louis-Philippe. Le château de Bourbon fait partie de la succession mais ses nouveaux propriétaire décident de faire raser ce qu’il reste du château. C’est un poète local, Achille Allier, qui mobilise la population et convainc Victor Hugo de défendre sa cause en 1832  pour sauver les trois tours nord et le logis de la destruction.

Le château appartient aujourd’hui à la Fondation Saint Louis qui en a délégué la gestion à la Commune de Bourbon, elle-même ayant confié une mission de valorisation du patrimoine à notre association.

Depuis 2018, une nouvelle équipe s’est engagée sur la voie de la médiation culturelle afin de vous faire découvrir un lieu chargé d’histoire et de patrimoine.

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